Ad Astra Brad Pitt James Gray
Drame,  Science-fiction

Viser les étoiles pour atteindre la lune

Si Ad Astra a emmené ses protagonistes jusqu’aux étoiles, on a, en tant que spectateur, jamais décollé de notre siège…

Si vous aviez entendu que le film s’attaquerait au sujet de la paternité et de l’exploration spatiale, vous savez déjà presque tout de ce nouveau film de James Gray. Pourtant, après le visionnage, relire le synopsis peut nous faire croire qu’on est victime de dissonance cognitive tant ces deux n’ont rien en commun.

Dans un futur proche, une entreprise se charge de la colonisation de l’espace a effectué un grand travail sur la Terre, dont une construction irréelle, mais aussi sur la Lune qui est désormais accessible par des vols commerciaux, ainsi que Mars qui offre une vie entièrement souterraine. Cette colonisation est symbolique de la prochaine guerre qui nous attend, avec un partage des ressources spatiales qui s’avère bien compliqué. Notre protagoniste voit tous ces changements d’un mauvais œil : on a bien sûr amené avec nous la société de consommation et déjà des enseignes brillent dans la nuit. Ce monde ne lui ressemble pas. Non, lui est un homme solitaire qui ne s’est jamais vraiment remis du départ de son père pour une mission pourtant plus qu’honorable : trouver une autre forme de vie aux confins du système solaire.

Ad Astra Brad Pitt James Gray

Un jour, la Terre est frappée par des surcharges provenant directement de Neptune et susceptibles de mettre fin à l’humanité toute entière, en plus d’endommager grandement le système solaire. Le lien est immédiatement fait avec le vaisseau du projet Lima qui, bien qu’ayant atteint ce point il y a plus de 16 ans, se trouverait toujours à cet endroit.

Mais laissons de côté les incohérences. Nous voilà avec l’intrigue du film sur les bras : un héros, un monde à sauver, un voyage et une destination. On a beaucoup de questions et petit à petit, quelques-unes vont trouver réponse quand beaucoup n’en trouveront aucune.

On le sait, on nous la vendu : c’est un voyage transcendant qui attend Roy McBride (Brad Pitt), à la fois introspectif et interstellaire. Alors on embarque avec lui, direction les étoiles. Mais à viser trop haut, James Gray peine à décoller. Car Ad Astra est bien loin de nous emmener jusqu’à ces fameuses étoiles.

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Pour nous entraîner dans cette folle épopée, l’accent est mis sur le mystère et les informations classées confidentielles, qui seront morcelées pour arriver lentement jusqu’au protagoniste. Au fur et à mesure de son voyage, il découvre de nouvelles informations sur la vraie nature de cette mission : on lui révèle ce qui a forcé son père a coupé toute communication, ce qui l’attend vraiment, comment on s’est servi de lui. Si bien qu’arrivé à destination, il n’a plus rien de nouveau à apprendre.

Pendant 2h, on va donc être plongé au plus près de Roy McBride et de ses moindres émotions qui, au bout d’un certain moment, ne nous surprendront plus. Son personnage est plat et prédictible et ce n’est sûrement pas la voix off, qui se veut offrir des beaux dialogues mais n’est que répétitive et transparente qui va arranger le tout. C’est sans compter tous ces personnages secondaires qui seront là pour l’accompagner pendant un cours laps de temps et disparaîtront à tout jamais. Après tout, c’est un solitaire… Mais ces personnages n’auront absolument aucun impact émotionnel, ni pour le personnage principal, ni pour le spectateur. Et au bout d’un moment, l’ennui pointe son nez. Parce qu’on n’a déjà pas grand-chose à quoi se rattacher, et que ça s’avère être du vide.

Ad Astra Brad Pitt James Gray

On lui assigne une mission simple : diffuser un message depuis Mars, et une fois cette mission effectuée, on le renvoie d’où il vient. On le prive de la réponse de son père, ou du moins ce qu’on suppose être une réponse de son père. Mais en y réfléchissant, qu’est-ce que son père aurait pu avoir à répondre ? La rencontre (plus que décevante) du père et du fils nous le fera savoir : il n’a clairement aucune intention d’abandonner son vaisseau, ni de détruire l’humanité. Nous masquer cette réponse aura été l’ultime recours pour garder le scénario à flot.

Parce que son père n’a rien du portrait que lui dépeint la société SpaceCom, qui le déclare comme un ennemi et qui s’octroie donc le droit d’anéantir tout ce qu’il reste du projet Lima. On nous mène alors à l’aveugle, pour ne pas dire « en bateau », jusqu’à ce fameux vaisseau où Clifford McBride vit entouré des cadavres de ses équipiers.

Cette révélation mettant en cause la nature même de l’existence humaine et notre place dans l’univers qu’on nous promettait dans le synopsis ? Eh bien oui, il y en a une : c’est qu’on est vraiment seuls.

La photographie est bel et bien là : elle nous en met plein les yeux, en nous donnant l’occasion de voir une face cachée de la lune éclairée, de se plonger dans les anneaux de Neptune et son bleu hypnotisant, de découvrir l’effet d’une bombe nucléaire qui explose dans l’espace et surtout, des étoiles comme on en compte plus. L’expérience visuelle aurait pu me satisfaire si elle avait été accompagnée d’une bande originale digne de ce nom, or on nous laisse avec un titre redondant qui n’a rien de transcendant. Le flou qui entoure cette production est même étrange : qui de Max Richter ou Lorne Balfe l’a composé ?  

Ad Astra Brad Pitt James Gray

Le mélange entre l’histoire du personnage principal et la quête du film est maladroit et désastreux. Ironie du sort, Ad Astra s’est comme perdu entre les étoiles et n’est que du vide cosmique. Et ça me tue d’autant plus qu’il était vraiment prometteur.

PS : En revoyant la bande annonce, je remarque que de nombreuses scènes ont été coupées. Notamment toute l’intrigue concernant son père qui travaillerait sur un matériau top secret, susceptible de détruire l’humanité. Le montage aurait donc fini d’achever le film ? J’espère qu’on n’a pas à aller jusqu’à Neptune pour avoir la réponse…

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