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Sur le chemin de la Rédemption : budget serré pour un cameraman

Aujourd’hui, l’écologie est un dossier qui doit être posé et réfléchis autour d’une table. Dans First Reformed de son nom original, on se demande bien si les agissements de l’homme seront pardonnés par le tout puissant et où le rôle de l’Église est questionnée. Des personnages ravagés par les épreuves de la vie, qui tentent de trouver leur chemin. Très bien filmé, et un scénario de grande qualité où le suspens réside.

Filmé en 4/3, l’oeuvre réalisée par Paul Schrader dispose d’un cadrage très propre assez fermé qui fait la particularité du film où les mouvements de caméras se comptent sur les doigts du main. En effet, on se demande si le budget était trop serré pour employer un cameraman, tellement la caméra reste statique. Cependant, les différents personnages se déplacent dans un cadre où il ne manque pas de recoins pour faire entrer divers visages, parfaitement choisis pour des scènes qui ne comportent qu’un minimum d’éléments à s’intéresser.

Sur le chemin de la Rédemption – Paul Schrader (2018)

Teint grisâtre collant parfaitement aux protagonistes étant des personnes assombries, on ne retrouve jamais une minute de lumière plongeant constamment l’oeuvre dans une certaine abyme.

Malgré quelques longueurs que l’on ne peut pas oublier de mentionner, la force de ce First Reformed réside dans son suspense. C’est d’ailleurs un excellent exemple de ce qu’on pourrait différencier entre suspens et surprise, et on en revient à ce que disait Hitchcock sur cela :

«La différence entre le suspense et la surprise est très simple et j’en parle très souvent. Pourtant, il y a fréquemment une confusion, dans les films, entre ces deux notions. Nous sommes en train de parler, il y a peut-être une bombe sous cette table et notre conversation est très ordinaire, il ne se passe rien de spécial, et tout d’un coup : boum, explosion. Le public est surpris, mais, avant qu’il ne l’ait été, on lui a montré une scène absolument ordinaire, dénuée d’intérêt. Maintenant, examinons le suspense. La bombe est sous la table et le public le sait, probablement parce qu’il a vu l’anarchiste la déposer. Le public sait que la bombe explosera à une heure et il sait qu’il est une heure moins le quart – il y a une horloge dans le décor ; la même conversation devient tout à coup intéressante parce que le public participe à la scène. Il a envie de dire aux personnages qui sont sur l’écran : « Vous ne devriez pas raconter des choses si banales, il y a une bombe sous la table, et elle va bientôt exploser. » Dans le premier cas, on a offert au public quinze secondes de surprise au moment de l’explosion. Dans le deuxième cas, nous lui offrons quinze minutes de suspense.»

C’est ce que Paul Schrader réalise dans cette oeuvre, jusqu’à nous frustrer à la toute fin, poussant à nous dire : est-ce que ce suspense est une arnaque ? La frustration ne nous empêchera pas de nous rappeler l’intérêt grandissant que nous éprouvons en regardant le long métrage. Un intérêt qui reste constant grâce aux nombreux dialogues et monologues d’une voix off du personnage principal, sur la vie. La question des humains sur Terre, la mort, l’héritage de Dieu, le rôle de l’Église, l’espoir et le désespoir qui illustre parfaitement l’esprit humain dans toute sa “splendeur”. Il s’agit là d’une fable qui se tourne grandement vers le thème de l’écologie relative à Dieu : est-ce que Dieu nous pardonnera-t-il ? Une direction intéressante que l’on n’aurait pas parié, il n’empêche que c’est réussi, avec une partition du jeu d’acteur très bonne : Ethan Hawke en pasteur empli de doutes et souffrant, accompagnée d’une sensible Amanda Seyfried ; les deux formant un véritable duo.

Paul Schrader a réussi son film grâce à la belle utilisation du champ/hors-champ/caméra fixe apportant aussi son lot de suspense, et bénéficiant d’un récit à explorer de nouveau pour une meilleure assimilation.

Sur le chemin de la Rédemption : 4/5

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