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Si Beale Street pouvait parler : on apprend toujours de ses erreurs (ou pas)

Une nouvelle fois, Barry Jenkins manque son coup en nous proposant un nouveau long métrage plein d’espoir, mais ne sachant pas réellement traiter son sujet en profondeur manquant étrangement de finesse, parfois déroutant dont sa longueur ne fait qu’allonger une oeuvre loin d’être réussie.

En 2017, Barry Jenkins défrayait la chronique avec Moonlight. Deux ans après, il revient avec un nouveau long métrage afro-américanisé du nom de Si Beale Street pouvait parler. Ce dernier évoque la vie des Noirs américains dans les années 70 aux USA, et plus précisément un couple formé d’une femme et d’un homme qui va avoir un bébé, sauf que le père se trouve en prison pour un crime qu’il n’a pas commis. Entre injustice raciale et amour, le film dépeint une histoire qui se veut touchante, tragique mais pleine d’espoir.

Si Beale Street pouvait parler – Barry Jenkins (2019)

Le réalisateur fait les mêmes erreurs que pour son premier film : des messages pas très bien mis en lumière, dont les personnages ne se démêlent pas des clichés qui leur sont donnés. Si Beale Street pouvait parler souffre aussi de sa construction voulant une fois de plus montrer en deux heures toute une vie, sans vraiment s’attacher à un sujet propre même lorsqu’on nous met devant les images d’archive à la fin de l’oeuvre, on sait ce que veut montrer Jenkins mais la manière dont on nous le montre ne reflète pas véritablement les précédentes scènes. Beaucoup de choses entamées, peu de choses résolues, l’oeuvre ne permet pas non plus d’avancer dans un sens, et semble trop diviser à l’inverse d’un BlackKklansman de Spike Lee, bien plus intelligent. Ici, c’est tout blanc ou tout noir, pratiquement jamais dans la nuance – les méchants blancs, les noirs persécutés, n’apportent rien et heureusement que ça ne dure pas pendant l’intégralité du film. A-t-on a l’impression que ça fait avancer le monde ? Non, surtout que l’originalité de l’oeuvre n’est pas non plus extraordinaire. Loin d’être passionnant, on a quand même quelques scènes qui nous accrochent, notamment la scène à huis clos avec ses dialogues très drôles où toute la famille au complet est réunie, et les séquences accompagnées de la bande originale de Nicholas Britell qui se révèlent être intenses mais en particulier grâce à la musique et non la réalisation qui ne prend pas au vif avec ses gros plans face caméra. Si l’on peut le comparer à Moonlight encore une fois, on ressent dans la réalisation de Jenkins, un appui constant sur des scènes fortes et frappantes qui ne le sont que par les moyens musicaux, dont le tout retombe une fois finie. La foi abordée dans le film est un sujet intéressant plutôt bien traité, et l’histoire d’amour centrale est très belle, admettons-le. Hormis cela, ça ne passionne pas, ça reste très long.

Barry Jenkins devrait à notre avis s’intéresser la prochaine fois à une histoire en particulier et ne pas voir trop grand en passant en revue toute l’existence des individus pour lequel il s’intéresse, et avoir des messages plus concis, meilleurs et clairs. A être trop flou, comme l’avait été Moonlight dans le développement de son personnage, nous ne sommes pas si sûr de la qualité du message.

Un film avec plein d’espoir, mais pas assez traité dans le bon sens. Ceci dit, il est loin d’être mauvais, mais on finit par décrocher au fil des minutes. Dommage.

Si Beale Street pouvait parler : 2,5/5

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