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Marie Stuart, reine d’Écosse : comment en est-on arrivé là ?

Le cinéma a toujours su reprendre des faits historiques pour en faire de véritables œuvres et leçons. Ici, ce qui nous est présenté cinématographiquement relève de l’imbuvable, et passe complètement à côté que ce soit dans sa forme et son fond.

“Comment en est-on arrivés là ?” Justement, on ne sait pas et ce serait une demande à porter à la réalisatrice et aux scénaristes ! Cette phrase est prononcée par Marie Stuart lors de sa rencontre avec Elizabeth la reine d’Angleterre et donne l’impression de bien questionner le film de Josie Rourke. Avec un casting comme celui-ci, réunissant Margot Robbie, Saoirse Ronan, Jack Lowden, David Tennant, Guy Pearce, et en bénéficiant d’une bande originale composée par le talentueux Max Richter, on arrive à ce résultat final : une oeuvre totalement ratée du début à la fin.

Marie Stuart, reine d’Écosse – Josie Rourke (2019)

Même ce qu’on peut sauver n’arrivera pas à éclipser le calvaire cinématographique nommé Marie Stuart, Reine d’Écosse ; on a disons deux bons points à en tirer :

  • les thèmes musicaux magistralement orchestrés d’une main de maître par Max Richter, qui tente tant bien que mal à insuffler de la grandeur à quelques scènes, sans grande réussite tellement celles-ci sont plates.
  • Margot Robbie en second rôle, une nouvelle fois époustouflante mais bien trop en retrait à notre plus grand regret.

Si on enlève rien que ces points positifs, il n’y a rien à garder. Alors par où commencer : nous est livré un conflit entre deux reines, différente l’une de l’autre, une est protestante, l’autre est catholique, et règne entre elles une tension qui va, comme par magie, s’éteindre au fil des années, ne sachant pas vraiment comment. Puis arrivera ce qui arrivera malgré leurs ressemblances qu’elles ont fini par comprendre. Le long métrage ne prend jamais de hauteur, et ce à cause de son manque d’enjeux flagrant. On nous livre des situations, des relations entre personnages qu’on ne comprend pas, ou que l’on saisit, mais on ne connaît rien des dessous des enjeux et des impacts que peuvent provoquer le comportement de ces reines. Alors on est constamment spectateurs de scènes qui ne nous parlent pas. S’ajoutent à cela des personnages secondaires d’une qualité si médiocre qu’on se demande si on regarde une série Z, ce qui est le cas hélas. Soit en surjeu, soit simplement mauvais, aucun des hommes au quotidien et au service de la reine d’Écosse ne prennent de la grandeur, et pourtant ils ont une place considérable au cœur du film.

Alors avec aucun enjeu, un conflit à aucun moment expliqué, on peut rajouter la mauvaise orchestration du seul combat qu’il y a à l’écran qui est digne de Kaamelott, et des personnages tirés par les cheveux entre une reine qui n’a rien d’une reine d’Écosse dont on ne sait pas ce qu’elle vient faire là, montrée comme forte au départ puis balayée par tous ses sujets. Alors pour essayer de rendre le tout grandiose, on se sert des trahisons si à la mode ces temps-ci, et ça y va, on est servi. Trahison en veux-tu, en voilà, jusqu’à ne plus trouver aucun intérêt à tout ce bazar.

L’histoire parallèle entre les deux reines n’avance pas, ou peu. Deux heures, c’est le temps pour installer une rencontre en on ne sait combien d’année. Au départ, le montage qui balance entre nos deux figures féminines montrant à la fois l’une et l’autre grâce à un échange de lettres aurait pu fonctionner, mais malheureusement on s’attachera tout le long à notre amie Saoirse Ronan pour se détacher de la plus intéressante des deux femmes à l’écran, incarnée par Margot Robbie, dommage. Outre un montage décevant, un scénario complètement raté, la réalisatrice ne sait pas qui et comment filmer. Elle donne quelquefois tellement d’importance à des personnages qu’on pourrait s’attendre à ce qu’ils servent, mais non, rien. Les seules scènes véritablement bien filmées sont au commencement et au dénouement du film, et les plans contenant la reine Elizabeth.

On ne nous apprend rien de ce qu’il se passe derrière le cadre de ces deux femmes, alors balayer l’histoire pour faire passer son message, on repassera pour la qualité. La virulence de nos propos se base sur une forme bafouée. Avant d’avoir un fond, la forme doit être importante pour donner une morale convenable, qu’il nous montre une force féminine, d’un contexte présenté où les femmes doivent toucher être aux aguets pour réussir dans un monde remplis d’homme putrides, mais le long métrage est tellement raté que rien ne peut le sauver ; même pas un quelconque parti, aucune émotion, aucune force, le néant. Rien que par ces personnages trop modernes pour certains qui ne collent pas à l’ambiance de l’époque, on sent que le film ne peut pas s’élever à la hauteur de la royauté de ce siècle lointain. Tout manque de consistance. On nous sert des pitres à l’image de Jack Lowden, des violeurs, ou des barbares, sans aucune once d’intelligence, montrant les différences entre les hommes et les femmes pour parfaire le message du film face à des femmes qui pardonnent ou sont plus sensibles – alors qu’au début, les personnages semblent montrés d’une façon différente.

Gardez vos affaires de famille… mariage, succession au trône, mais pourquoi ? On doit nous dire quels sont tous les enjeux, au lieu d’enchaîner les années comme si une année était égale à un jour.

La dramaturgie ne prendra pas effet : on les voit pleurer, on reste insensible. Et ne parlons pas de la scène finale, se voulant tragique dont la musique apporte beaucoup, mais qui n’empêche pas de rire et de ne pas prendre au sérieux une seule seconde ce qui était raconté. Tout ce qui a été raconté est de toute manière de degré zéro au niveau de son importance alors que ce fut l’un des grands conflits romanesques des temps anciens.

Marie Stuart, Reine d’Écosse est un gros raté mais certains pourront trouver des qualités assez glorieuses pour apprécier le long métrage, rien que par sa musique qui doit être réécouté. Hélas, les partitions musicales sublimes comme celles-ci ne font parfois pas les meilleurs films. Le tout est exécrable et ne nous permet à aucun moment de voir au-delà de ce qu’on contemple à l’écran, d’où l’acerbité de la critique et de la note.

Marie Stuart, reine d’Écosse : 0,5/5

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