Critiques,  Western

Les frères Sisters : le calme plat

Le nouveau Audiard ne marque pas les esprits, malgré son casting donnant des personnages haut en couleurs. La platitude qui réside dans le long métrage lui empêche de s’envoler, ne touchant jamais le fabuleux, malgré quelques qualités notables qui lui permet d’être intéressant dans son ensemble.

Au cœur du Far West, deux frères sont à la recherche d’un homme pour le compte du Commodore ; une recherche où les Sisters se dévoileront, et feront apparaître leurs plus intimes doutes et faiblesses.

Les frères Sisters – Jacques Audiard (2018)

Séance terminée, calme plat dans la salle. On entend voler les mouches. Tandis que les uns s’étirent, les autres lèvent la tête de l’écran, mais aucun ne parle. C’est alors au ralenti que l’on sort de la salle de cinéma, repensant à l’oeuvre à peine terminée. Les Frères Sisters est un western dans l’âme, rien que par le rythme très lent qui le définit et qu’on trouve dans les films du genre tel qu’un bon vieux western à la Sergio Leone, mais dire que l’on s’ennuie promptement durant celui-ci serait un mensonge. Malgré sa mollesse, il arrive à nous captiver jusqu’au bout. Toutefois, admettre qu’il se passe des péripéties dignes de ce nom, serait une nouvelle fois inexact. Jacques Audiard, réalisateur français de nombreuses fois césarisés,  fabrique une parfaite reconstruction de l’époque du western fin du 19ème siècle, qui ferait dire aux amateurs de jeux vidéos « mais où est Arthur Morgan ? » en référence au jeu vidéo « Red Dead Redemption II » sorti il y a peu, avec les endroits typiques de l’époque dont les villes à peine construites baignent dans une nature encore intacte. Plongé dans l’Amérique de l’Ouest aux multiples paysages, on suit des personnages remplis d’hésitations qui vont affluer durant leur parcours. Au départ présentés comme simples bandits [les frères Sisters], on se rend très vite compte que derrière eux-mêmes se cachent une plus grande complexité, une facette d’eux-mêmes qui semble enfouie. Des protagonistes plutôt bien écrits, qui font l’entre-deux entre une ancienne société violente plutôt critiquée et tournée en dérision à maintes reprises, et l’aube d’une nouvelle société que pourrait rechercher d’autres mortels, lassés de toute cette animosité. Une césure qui se voit rien que par des choses toutes simples, mais au combien profonde, comme quand Eli, le personnage incarné par John C. Reilly est profondément touchée par la mort de son cheval.

Audiard nous livre une espèce de « chasse à l’homme » ou du moins une quête, qui se voit remplacer par une mystérieuse ruée vers l’or non loin d’être l’idée du siècle, ce qui se révèle être préjudiciable pour l’oeuvre dans son intérêt pour le spectateur.

Les combats au pistolet ouvre le bal, revenant à quelques reprises, et sont plutôt bien filmés, ne voyant pour la plupart que les « étincelles » des armes mais jamais les corps ; on repense à la belle scène d’introduction qui joue de sa lumière très sombre parallèlement aux tirs envoyés. Mais ce qui est captivant est loin d’être passionnant comme l’a pu être Hostiles de Scott Cooper avant lui. Les Frères Sisters n’est ni plus ni moins qu’une aventure portée par des longs dialogues n’ayant quelquefois pas grand intérêt, même si on l’avoue, certains permettent de rentrer dans le fond des personnages. Pas grandement originale  dans ses propos, retraçant une époque singulière des temps anciens, et entrevoyant l’arrivée d’une nouvelle ère, cela reste un bon visionnage dans son ensemble, avec quelques scènes agréables, sans toucher le grandiose.

Les frères Sisters : 3/5

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