Critiques,  Drame

Le Monde de Charlie : une mine d’or entre sexualité, amitié, amour et avenir

Plongeons dans le cocon de Charlie, là où tout se mélange, entre des souvenirs d’un passé douloureux empêchant l’enfant de grandir assurément, et d’une vie lycéenne qui pourrait bien le sauver de sa solitude et de sa maladie. Émouvant.

Charlie est un garçon marqué par de nombreux problèmes depuis son plus jeune âge entre un vieil épisode mystérieux avec sa tante, ou plus récemment le suicide de son meilleur ami. Puis, vient le temps difficile où on se sent seul au monde, dans un lycée où son professeur de français semble être votre seule affinité. Le moment est le bienvenu lorsqu’un groupe d’amis, plus âgé, vous ouvre ses portes. C’est le cas de Charlie.

Le Monde de Charlie – Stephen Chbosky (2013)

Tout d’abord, pour s’intéresser à l’identité du film, il faut bien sûr se demander qu’est-ce qu’un teen movie ; et est-ce que Le Monde de Charlie, réalisé par Stephen Chbosky en est un ?

Un teen movie, c’est quoi ? Si on regarde les différentes définitions du genre, une oeuvre considérée comme étant un « teen movie » respecte des catégories bien agencées :

  • mise en scène d’une histoire où l’adolescence est le premier thème, où les personnages sont adolescents
  • les stéréotypes bien connus sur les personnages comme le sportif, le geek, l’artiste incompris… mais aussi de la musique (pop rock/rock), de lieux et moments emblématiques dans la scolarité
  • une certaine nostalgie des réalisateurs pour cette époque

Il est vrai que ce genre ne plaît pas à tous, parfois trouvé comme trop niais, trop cliché. Mais nommer Le Monde de Charlie « teen movie » est assez réducteur. S’il est composé de facteurs inévitables du genre, il existe dans cette oeuvre des qualités qui l’élève du niveau précédemment donné, en tout cas c’est ce qu’on ressenti à la fin de la séance. Bien sûr, nous connaissons tous les préjugés sur ce genre cinématographique, catégorisé comme des films assez bateaux, clichés, et cette catégorisation vient du fait que de nombreux films du genre soit toujours dans ce même schéma, faisant très « ado » et non « intelligent » si on peut dire. Alors, nous pouvons en déduire deux conclusions :

  • soit Le Monde de Charlie n’est pas un teen movie, car il se démarque complètement de ce genre tout en restant dans les descriptions du genre
  • soit il fait parti de ce genre, le mettant au « top niveau », faisant des autres « teen movies » de longs métrages très moyens, comme si on déclarait : « c’est un teen movie, mais c’est très intelligent et pas qu’un film pour ado »
    Encore une fois, tout dépend de la définition du terme et de la réduction, que l’on en fait. Rentrons désormais dans le vif du sujet.


Le film de Stephen Chbosky est excellent. Et personnages touchants rime avec acteurs alléchants. En effet, Logan Lerman, connu au grand public pour son rôle dans Percy Jackson, joue son rôle de façon grandiose, d’une telle justesse. Son personnage est aussi bien présenté que Charlie lorsqu’il enfile son costard, ceux ayant vu le long métrage comprendront. On y voit un personnage énigmatique qui passe sa vie à s’adapter et penser aux autres, dont ses problèmes sont en parallèle avec sa personnalité.


Cette énigme à travers Charlie est amenée parfaitement grâce aux flashbacks de lui lorsqu’il est enfant, qui coïncide avec les choses qu’il voit dans le film, jusqu’à la révélation finale. Quant à sa solitude, elle est très bien appuyé de par la voix-off faisant du protagoniste l’auteur que ce soit pour présenter des personnes ou écrire ses lettres, mais aussi par le fait qu’il est vraiment le seul de son âge faisant de lui la pièce à part.

Parmi les autres rôles, on a de vrais bons acteurs entre Ezra Miller, Emma Watson et Paul Rudd en prof de français. Leur jeu respire la sincérité, cela se sent rien qu’à leur regard, et c’est beau.

Il est important aussi de réfléchir sur le cliché, avant toute chose. Voilà donc une petite parenthèse.

Nous avons en face de nous des rôles hauts en couleurs. Certains y voient des clichés, certains y voient le contraire. A quel moment peut-on dire qu’un tel ou une telle chose est un cliché ? Vaste est la question, ce qui ne sert pas de s’y aventurer. Faisons-nous chacun, notre propre avis. Si on les considère comme tels… est-ce que dans la vie, ces clichés ne sont pas réels ? N’y a-t-il pas ces rôles dans la vraie vie ?

Dans l’oeuvre, on est d’une certaine façon du point de vue de Charlie. Tous ceux à l’écran que l’on découvre ont l’air d’être conçu comme les voit Charlie. Souvent, on trouve toujours quelque chose à dire sur les personnages, comment ils sont écrits, en particulier les lycéens. Par exemple, cette manie de rendre un groupe rebelle, anti-conformiste, qui adore les vieilles musiques, qui adore le Rocky Horror Picture Show, qui s’envoie des cassettes audio, qui ont soif de liberté, qui ne font rien comme les autres, là en l’occurrence, on ne peut pas faire mieux pour s’enterrer dans le caricatural : cliché du parfait L. Mais ce genre de personne existe réellement, non ? Et après tout s’ils sont amis, c’est qu’ils adorent tous les mêmes choses. Poussé à l’extrême dans ce cas précis, ça peut vite être insupportable, mais la barre se redresse.

On peut se demander comment les aurions-nous vu si ces personnages étaient écrits différemment ? Il faut bien des traits de personnages qui marquent chacun, après tout. En tout cas, là, ils définissent bien le petit groupe d’amis. La question du cliché au cinéma d’un tel personnage se fait à travers le temps, l’époque, et à la redondance de ce dernier dans des œuvres. Chacun peut tomber dans la forme de cliché finalement.

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Cette liberté que veut transmettre le long métrage est marquée par une oeuvre The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman, sans doute un des films qui porte le plus cet aspect libérateur. Oeuvre mythique du septième art. Dans Le Monde de Charlie, le groupe d’amis répètent et jouent la comédie musicale, collant parfaitement à ce besoin de liberté provocateur.

Puis vient un grand élan d’espoir pour un avenir meilleur, sous un nouveau jour, lorsque les étudiants ont fini leur période lycéenne ; une nostalgie portée par le réalisateur, qui nous touche profondément bien plus encore lorsqu’on voit l’oeuvre après notre période adolescente que l’on a vécu. Bien sûr, ça reste américain. De l’autre côté de la Manche, on voit ça d’un œil différent. Mais le tout est très beau, et les thèmes qui touchent au monde de Charlie sont traités de manière intelligente, que ce soit l’homosexualité, les problèmes psychiques et psychologiques, la jeunesse « perdue », ce qui hausse le ton par rapport à un teen movie lambda.

La bande originale accompagne le tout magistralement.

Nous suivons donc l’épanouissement de Charlie avec réelle attention, accompagné de son petit monde à lui. Avec des scènes qui piquent au vif, Le Monde de Charlie ne manquerait pas de lâcher une petite larme aux plus sensibles d’entre nous. Une brillante oeuvre, qui frappe fort, traitant de la sexualité, de l’amour, de l’amitié, de l’avenir… une véritable mine d’or.

Le Monde de Charlie : 4,5/5

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