Le Chant du Loup
Critiques,  Drame,  Thriller

Le Chant du Loup : la même pression qu’à 500 mètres de profondeur

Oppressant et intense, à l’image d’un sous-marin, le film nous plonge dans les profondeurs et nous oblige à retenir notre souffle pendant près de deux heures dans cette intrigue millimétrée au cœur de la Marine française.

La scène d’ouverture a tout d’un début parfait : elle plante le décor, nous présente les personnages dans leur fermeté et tisse les premiers liens. On subit la hiérarchie de l’armée mais déjà les personnalités de chacun, entre Grandchamp (Reda Kateb) et D’Orsi (Omar Sy) créent une ambiance particulière. On découvre l’importance du son, les premiers éléments de l’intrigue avec le Timour III et la première entente du chant du loup qui nous fait froid dans le dos. Le bleu de la mer, le rouge du danger : la salle de cinéma ne s’emplit pas de beaucoup d’autres couleurs que ces deux-là. Immergés dans un univers sombre, que ce soit dans les abysses ou les lieux clos privés de lumière extérieur, on oublie petit à petit que le soleil nous attend dehors. Le film peut alors commencer, et il ne démérite pas.

Le Chant du Loup
Le Chant du Loup – Antonin Baudry (2019)

L’Effroyable, meilleure arme de dissuasion de l’armée se retrouve lancé dans l’engrenage de riposte nucléaire, engagée suite à un missile lancé depuis la Mer de Béring, que l’on croit d’abord être l’acte des russes. La riposte n’est pas encore tirée que l’on réalise la supercherie : le missile n’a aucun danger nucléaire. Malheureusement c’est trop tard puisque la procédure est enclenchée, et rien ni personne ne peut l’arrêter.

L’un des atouts du film, c’est de s’éloigner d’une vision manichéenne imposée par le patriotisme. Ici, les notions de bien et de mal disparaissent peu à peu. Bien sûr, il y a l’ennemi : les russes, les iraniens, les djihadistes. On se fait la guerre au nucléaire à base de dissuasion et d’influences mais au moment où cela devient vraiment concret, c’est dans le même camp que tout explose. Deux sous-marins français dont les équipages se connaissent pour avoir déjà travaillé ensemble vont se retrouver en hostilité, l’un respectant un protocole dangereusement efficace, l’autre voulant éviter la catastrophe nucléaire mondiale. Et il faut avouer que c’est vraiment malin de la part d’Antoine Baudry qui nous livre un exemple concret sur la force – mais aussi la faiblesse – de l’être humain : sa capacité à lier son intelligence avec ses affects, qui mettra à mal même le système le plus anticipé et complexe. C’est ce qui fait défaut au protocole et qui finalement sauve le monde d’une troisième et dernière guerre mondiale.

Quelques détails grotesques nous sortent parfois de l’intrigue, comme ce tir au lance-roquette qui donne l’impression de vouloir alimenter un cliché et une vision vidéoludique de l’armée. Et c’est dommage parce que pour moi, la force de ce film est de jouer sur cette impression d’être pris en étau dans cette machine infernale, ce qui engendre une tension qui ne nous lâche pas une seule seconde et va même jusqu’à se transformer en angoisse.

Là où le film perd un peu son propos et va carrément aux antipodes des protocoles de l’armée, c’est quand le personnage principal réussit, par une série de malheureux hasards à s’insérer au cœur de la base de contrôle dans la panique totale et à identifier le missile nucléaire comme piégeux en entendant qu’il est 20% plus léger et donc dénudé de tête nucléaire. D’une simple invalidité due à l’inhalation de cannabis, Chanteraide (François Civil) va se retrouver être l’élément clé dans la résolution du conflit entre le Titane et l’Effroyable… et aussi l’un des seuls survivants. Et si c’est parfaitement ajusté, le tout paraît un peu gros. Cela permet néanmoins au réalisateur d’apporter une fin poignante en sacrifiant l’atout considérable du personnage principal… son audition. Quel est le comble pour une “oreille d’or” ?

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