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Dumbo : relecture du classique de Disney par Tim Burton

L’oeuvre mythique du nom de Dumbo est revisité par l’un des réalisateurs les plus connus de la sphère cinématographique, auquel on octroie des messages lourds à dénoncer. A-t-il réussi le pari ?

L’histoire d’amour continue entre Tim Burton et les studios Disney. Après plusieurs investissements dans les productions de la souris aux grandes oreilles comme Alice au Pays des Merveilles ou encore L’Étrange Noël de Mr. Jack pour les plus connus, il s’attelle aux grandes oreilles de Dumbo l’une des vieilles animations du studio datant de 1941 tout de même. Presque 8 décennies derrière cette nouvelle oeuvre qui a des choses à revendre. Était-ce une bonne idée de confier la réalisation au monsieur à l’univers si décapant et singulier ? On attendait son grand retour, le voilà.

Dumbo – Tim Burton (2019)

Burton s’entoure de ses fidèles destriers pour un résultat des plus savoureux. Danny De Vito, Eva Green ou Michael Keaton qui avaient déjà collaboré avec le réalisateur reviennent lui prêter main forte. Seul Colin Farell n’avait pas eu cette chance. C’est chose faite désormais. Mais la collaboration qui marque le plus est celle entre son compositeur Danny Elfman et lui, ramifiant Dumbo à leur façon : d’une somptuosité séductrice.
Cette fois c’est fait, sans se détourner farouchement de l’oeuvre originale, le réalisateur américain met toute son artisticité en y apportant sa touche. En réel auteur qu’il est, il parvient à insuffler une âme à ce petit éléphant qui lui manquait assurément dans le film d’animation Disney et arrive à détourner merveilleusement des scènes phares de son aîné pour les rentrer dans la fiction. Citons comme seul exemple la séquence mythique des éléphants roses qui est retravaillée à bon escient afin que celle-ci ne soit pas qu’un simple fumage de joint. De plus il donne aux personnages de vrais rôles humains, chacun ayant son rôle prédestiné. Citons là aussi comme seul exemple, le rôle des enfants qui n’est autre que d’être le prolongement de la souris Timothée du dessin animé de 1941. C’est en ça que Dumbo fonctionne, c’est d’avoir réellement mis le pied sur cette oeuvre et de la développer au mieux pour un rendu plus proche de l’humain en gardant l’essence du film original et de ses messages.

Tim Burton retombe une nouvelle fois dans l’enfance et se charge de représenter ce qui l’intéresse depuis une paire d’années, la relation parent-enfant dans toute sa candeur. En l’occurrence, ce n’est pas une première pour le réalisateur qui avait déjà détourné cela au cœur de Charlie et la Chocolaterie, Big Fish ou le plus récent Miss Peregrine où les relations entre père et fils sont rudement compliquées. Il en est de même pour Dumbo de la touchante attache de Miss Jumbo et son éléphanteau ou de Colin Farell et ses petits.

Cela prouve l’enfant qui habite en lui à jamais qui ne cesse d’accroître son imagination débordante. Avec Dumbo, la beauté des décors font rêver au premier regard. Du monde du cirque au parc d’attraction Dreamland, l’ébahissement se crée tant qu’on ne perçoit pas ce qui se cache derrière cette machine industrielle. Car l’oeuvre finit sur une dénonciation de l’exploitation animalière dans les cirques et montre la cruauté parmi certains hommes ne considérant les animaux que comme de simples objets sans âme. Certes légèrement facile, il a néanmoins l’intelligence de ne pas tomber dans le piège de cette dénonciation. Il ne fait pas porter le chapeau au cirque mais plutôt en s’attaquant à des individualités en s’attaquant aux réels méchants et en pardonnant les plus humains d’entre nous. Ce sont d’ailleurs les séquences où les fortifications brûlent que l’on se rend compte que seuls les agissements des hommes sont l’unique cause et la conséquence à leur perte et la chute du cirque.

Ce qui porte défaut au film et qui lui empêche d’accéder à l’éminence cinématographique, c’est son manque d’originalité sur quelques points. Sur le thème de l’acceptation de la différence et de la définition du cirque comme une famille soudée, en suivant les péripéties de ce monde là, on s’aperçoit que tout ceci a déjà été fait l’année dernière dans le merveilleux The Greatest Showman : le patron proche de ses employés qui finit par les « trahir » puis revenir auprès d’eux (Danny De Vito vs Hugh Jackman), la femme étant du côté plus soyeux, plus riche mais devenant l’une des leurs (Eva Green vs Zac Efron)… Même schéma. Rien de révolutionnaire dans le monde du cirque.

Dumbo fait chaud au cœur entre ses scènes déchirantes et ses moments de générosité. Ses couleurs chaudes luxuriantes créent un environnement si riche qu’on retombe en enfance en prenant de plein fouet ces minutes d’émotion aux riches messages dans un discours où croire en soi est le maître mot. Tim Burton est de retour !

Dumbo : 4/5

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