Critiques,  Drame,  Historique

At Eternity’s Gate : la vie est faite pour semer, la récolte vient après

« On dit, et je le crois volontiers, qu’il est difficile de se connaître soi-même. Mais il n’est pas non plus aisé de se peindre soi-même. » disait Vincent Van Gogh, pourtant Julian Schnabel arrive à nous livrer un portrait d’un des plus marquants épisodes de sa vie, au plus près de lui et sa complexité, dont on se questionnera jusqu’à la fin des temps.

Immiscion dans la vie du peintre presque aussi connu pour son histoire que pour ses tableaux, nommé Vincent Van Gogh.

At Eternity’s Gate – Julian Schnabel (2019)

On connaît tous ses peintures, en passant de La Nuit Étoilée aux Tournesols, jusqu’à son autoportrait. Mais connaissez-vous l’homme qu’il était ? On le connaît tous à notre propre sauce sans avoir vu un film racontant sa vie, dont cette dernière est souvent bâtie entre plusieurs histoires, entre diverses spéculations. Pourquoi s’est-il coupée l’oreille ? Pour qui ? S’est-il suicidé ? A-t-il été tué ? Qu’est-ce qui le rongeait ? Un tas de questions, à l’heure actuelle, qui n’auront pas de réelles réponses, même de la propre bouche de Van Gogh.

L’année dernière, sortait un film d’animation intitulé « Loving Vincent » dans sa version originale, qui s’intéressait au peintre et qui nous plongeait au cœur d’une enquête faite par son frère, et nous emmenait dans les ruelles des provinces françaises auxquelles Vincent avait vécu où se fondait un bon nombre de rumeurs à son sujet concernant les questions que tout le monde se pose sur lui. Un incroyable film, à recommander chaudement.

Avec At Eternity’s Gate, on côtoie au plus près l’artiste en suivant sa vie et ses aspirations. Un homme souffrant, rongé, pas comme les autres, qui n’a pas eu la chance d’être reconnu à sa juste valeur avant qu’il ne meurt. Mais comme il le dit lui-même dans l’oeuvre : « La vie est faite pour semer, la récolte vient après ».

Le réalisateur va se servir de sa caméra pour filmer au mieux le peintre interprété par Willem Dafoe, de plans caméras épaule, avec une caméra qui ne cesse de bouger, ne lésinant pas sur l’oppression qu’éprouve le personnage. Alors oui, cela peut gêner pour ceux qui n’aiment pas ce genre de façon de filmer, et cette façon de traîner en longueur des scènes où Vincent Van Gogh contemple la nature va en énerver et en ennuyer plus d’un. Mais c’est tout le sujet du film, c’est dans les aspirations du peintre que l’on trouve toute sa complexité, tout ce qui le rend si complexe. Une histoire peut-être revue, mais qui ne manque pas une nouvelle fois de passionner, cherchant cette fois-ci une profondeur dans sa vie où les questions existentielles de la vie et de la peinture se posent – qui ne pourra pas parler à tout le monde, il faut en être conscient -, qu’on retrouve dans les dialogues que ce soit avec son ami Gauguin, un prêtre, son frère, son ami le docteur, ou bien lui-même.

Très bien filmé, des échanges humains que l’on écoute avec grande attention tout le long, le tout est captivant du début à la fin malgré sa lenteur. Courez le voir, que vous connaissiez Van Gogh ou non, que ça vous en apprenne plus sur l’artiste néerlandais ou non, c’est l’un des films à voir de ce début d’année 2019, tout bonnement brillant à l’image de Willem Dafoe qui n’aurait pas démérité un prix pour son jeu si pur aux Oscars. At Eternity’s Gate est une vraie balade au cœur des provinces du sud de la France où Van Gogh y a trouvé sa plus grande artisticité, faisant de lui l’un des plus grands peintres du dix-neuvième siècle, reconnu à sa juste valeur aujourd’hui, tout comme on l’espère le sera ce film.

Entre le souvenir qu’on laisse et la prétendue intemporalité et immortalité de l’art, Van Gogh a voué sa vie à ce dernier. Est-il dans un sens devenu immortel ?

At Eternity’s Gate : 4,5/5

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *